Junge Manner, tu étais mon fuhrer de vivre. Je t’avais connu à l’age ou on dégomme les abribus pour se prouver qu’on est des hommes, je bombais le torse bombais, j’étais novice. Toi le pyromane, tu construisais des climax. Toujours sur la ligne blanche, tu étais cet étranger au regard sombre, un rebelle dans nos villes de contrastes. Tu frôlais des pylônes, des canyons, frôlais l’éphémère sans demander c’est comment qu’on freine. Indécent,tu brûlais d’élégance, nous respirions tes mélodies sous-cutanées, comme l’anaconda aime se griser au temple d’Ankor. Tu as fait monter l’arsenic et monter mon mercure. Ta tournée des grands espaces fut mon voyage astral, là ou j’ai découvert l’essence même du rock ‘n’ roll baudelairien que ton Elsass blues avait infusé, instillé au cœur même de notre épistémé hexagonale. Mais à l’heure ou tu t’éloignes à l’arrière d’une berline, on devine… qu’ en pleurs, Joséphine, Martine boude, Samuel Hall, Elvire comment lui en vouloir, Ramona, Yasmina et Gaby dans les bras de la rouquine carmélite et le choeur des Européennes reprennent en choeur Malédiction…
Il faudra apprendre à faire sans toi, dandy de l’ombre et supporter les viles récupérations, les hommages pathétiques , les livres stupides, les grandes messes cathodiques. Je me concentrerai sur tes œuvres majeures, “Play Blessures” l’album surréaliste avec Serge aux manettes,” Novice” à la noire poésie, au romantisme exacerbé, le clair obscur “Fantaisie Militaire” et surtout l’indépassable ” L’Imprudence”, acmé de ta carrière et plus grand album de chanson française, ex aequo avec le Melody Nelson du fumeur de gitanes, définitivement. Alors adieu, Alain Baschung, petit gars de Wingersheim, adieu toi qui a jonché d’or et de jade ma routine…
Tout est si calme ce soir. Puis-je hurler ?
Toute ressemblance avec des chansons de Alain Bashung serait totalement Volontaire…