La plus belle plume de la chanson française contemporaine s’est envolée cet après midi, le chouette Mano, sa gueule, sa gouaille, son âme d’écorché ne nous feront plus vibrer sur les scènes qu’il rendait brûlantes de sa sombre aura. Je suis vraiment triste de voir partir quelqu’un qui avait fait briller mon adolescence avec ses mots puissants, sa musique métissée et mélancolique. Mano Solo était un expressionniste de la chanson, un rocker du niveau de Bashung, tout en tendresse et poésie. Mais il savait aussi s’enflammer, enrager, exploser comme Léo Ferré.
Depuis ses 30 ans et son premier album “La Marmaille Nue” sorti en 1993, Emmanuel Cabut retournait les coeurs les plus froids. Sa chanson “Au creux de ton bras” me toucha tellement droit au coeur que même 17 ans plus tard, je suis encore pétrifié quand je l’entends par surprise au détour d’une chaine hi-fi. Suivront de grands albums comme “Les Années Sombres” et la plus belle des odes à Paris “Barbès-Clichy”. Il sut se rappeler de son passé punk, des Chihuahuas qu’il reforma en 1996 sous le sobriquet des “Frères Misères”. Il retrouvait alors sa rage, son engagement et balançait un brûlot punk-rock dans la tronche de Chirac et de ses sbires, disque toujours aussi actuel dans notre république des coquins et pour moi le meilleur album de punk-rock hexagonal.
Désormais sa voix douce puis râpeuse, son trémolo légèrement saturé étaient reconnus, Mano pouvait dérouler ses textes gouailleurs. Cinq albums suivirent où il mélangea accordéons, guitares et cuivres ; rock, jazz, flamenco et chanson ; amour et haine. Toute une scène néo-réaliste advint, à ses cotés explosaient des Têtes Raides, des Tordue, des Karpatt, des Ogres de Barback et ce fut sans doute ce qui pouvait arriver de meilleur à notre pauvre chansonnette franchouillarde !
Mano chantait les enfants comme personne. Son dernier album, “Rentrer au port” m’avait secoué, surtout la chanson “Les enfants des autres” sans doute une de ses plus émouvantes. Paris, son Paris du 18ème, personne ne l’avait chanté comme lui, combien sommes nous de petits provinciaux à avoir arpenté les rues de Barbès avec sa petite musique en tête ? Solo criait les amours impossibles, vomissait son coeur, arrachait les nôtres pour nous les rendre plus gros, plus beaux. Il hurlait le corps, la chair en souffrance, la mort, la rédemption et la liberté. On ne sortait pas indemne de ses spectacles…enfin voila qu’il a le bon goût de mourir jeune, le voici le poète maudit, notre Arthur à nous, on te le laisse à toi là haut, fais lui une place à coté de Dimey, de Bruant, qu’il puisse reprendre des refrains parigots ad vitam aeternam.
Barbès-Clichy :
Au creux de ton bras :
Je n’ai pas / Les Frères Misères

Bel hommage. Un grand vide de notre pôv chanson française…