
Dans ma prime jeunesse vosgienne, j’ai passé un nombre incalculable d’heures à écouter des K7 des Gladiators. Bien calé dans le siège baquet d’une Samba Talbot, dans un environnement enfumé par les rondins de sapins rougeoyants qui circulaient dans le véhicule, je prenais grand plaisir à me laisser hypnotiser par le reggae roots le plus psychédélique de toute la Jamaïque.
Une fois débarrassé de l’influence néfaste ( pour le musicologue en herbe ) de la résine de sapin, je pris conscience que ce qui m’emportait aussi haut dans cette musique, c’était la ligne de basse hallucinante de Clinton Fearon, bassiste et choriste de ces Gladiators.
Au hasard de pérégrinations deezeresque, je tombais sur “Mi deh Yah”, le dernier album de Clinton Fearon. D’abord sceptique devant cette promesse de reggae roots ultra classique, qui tourne habituellement à l’ennui au bout de quelques morceaux, je me retrouvais assez rapidement recatapulté dans une Samba Talbot, conjonctivite chronique en moins.
Effectivement Clinton n’avait pas perdu la main ! Celle-ci est bien calée sur le manche de sa basse, elle virevolte et circonvole joliment autour de la syncope rasta. La voix est posée, grave, grainée, chaude, articulée. Elle décline de belles harmonies, utilise quelques sempiternels tics habituels du genre bien vite oubliés tant les compositions sont talentueuses. Mais surtout, j’ai retrouvé ce petit parfum hypnotique, entre magie et maléfice, qui caractérisait pour moi la soul des Gladiators. Véritable madeleine de Proust, Convecteur Temporel, Mi Deh Yah est rentré directement dans mon top 3 2010 !
Alors man ! Tu aimes le reggae roots, le dub old school, les belles harmonies vocales et surtout le son de la basse jamaïcaine dans toute sa splendeur…foncez sur “Mi deh yah” de Clinton Fearon, 15 € chez Makafresh (le label nouveautés de Makasound)
Un bel exemple en vidéo, bon voyage à vous : Working for the man / Clinton Fearon
Ce billet t’est dédié Grand Sapin…