Aujourd’hui, je tire un grand coup de chapeau à Boubacar Traoré, un des plus grands musiciens africains. Né à Kayes au Mali, en 1942, il devient une immense star dans les 60′s quand le Mali accède à l’indépendance. On l’entend alors partout sur les ondes chanter la liberté. Malheureusement, il ne sort pas de disques et un changement de régime le contraint à l’exil en France et en Angleterre où il sombre dans l’oubli.
Heureusement pour nous, à la fin des années 80, un journaliste anglais va tomber sur des enregistrements de Boubacar à Radio Mali. Enchanté par la musique de Kar Kar, il décide de le retrouver pour le signer. Ainsi ce grand guitariste sortira “Mariama” son premier album en 1990.
Suivront les albums “Kar Kar”, “Les enfants de Pierrette”, “Sa Golo”, “Macire”, “Kongo magni”, jusqu’à “Mali Denhou” son dernier album qui vient de sortir début 2011.
Avant tout, Boubacar est un grand guitariste de blues. Certes son blues est africain, plus exactement mandingue. Il adapte à la guitare folk, les techniques et gammes utilisées sur la Kora malienne et y ajoute les gammes habituelles du blues américain. Tout cela sonne merveilleusement grâce à son toucher sensible. Sans esbrouffe, avec originalité, il redonne vie à une langue morte, celle de la guitare blues.
Mais par dessus tout, il y a la voix. Elle n’est pas extraordinaire, elle est à l’image du bonhomme, humble mais profonde, riche d’intonations. Surtout, cette voix chante les joies et les peines du peuple malien, le dureté de la vie et la vaillance des coeurs. Evidemment, on ne comprend pas un traitre mot de ce qu’il chante mais on saisit le sens profond de cette musique. Kar Kar chante pour réparer. Il nous soigne, nous lave de nos peines. Avec “Mali Denhou”, en un peu moins d’une heure, vos soucis s’envolent. Boubacar Traoré est un grand père idéal ! Il sort un disque, part en tournée puis rentre chez lui, cultiver son lopin de terre, nourrir ses moutons…comme le vrai et dernier bluesman rural qu’il est !
Extrait de Mali Denhou, Minuit / Boubacar Traoré
