
Dans le milieu des amateurs de jazz, Erik Truffaz ne fait pas l’unanimité. Il est de bon ton, quand on est un puriste très chiant, de lui rentrer dedans, mettant en avant sa lente dérive pop et ses prétentions avant-gardistes.
Il ne faut surtout pas écouter ces pisse-froids, laissons-les s’extasier sur un énième album de bop progressif et voyons un peu quelle pépite nous a concocté le trompettiste !
Comme beaucoup de Suisses, Truffaz est un grand voyageur. Il l’a prouvé sur bien des albums, donnant le tournis d’Arkhangelsk à Bénarès, de Mexico à Addis Abeba. Avec “In Between”, c’est à un voyage intérieur que nous sommes invités. De retour avec son Quartet, Truffaz fait dans l’introspectif.
L’album est sombre, mélancolique, d’une beauté noire et vénéneuse. On s’approche, attiré par le son d’une trompette caressante et l’on est happé par un trou noir de groove, anesthésié par les nappes psychédéliques d’un orgue Hammond trafiqué.
Benoit Corboz a remplacé Patrick Muller aux claviers et sa venue est bénéfique à l’ensemble tant son apport au niveau du son est spectaculaire. Virtuose et d’une approche très pop psyché, sa présence au Fender Rhodes donne également une couleur très funky sur certains titres. Marc Erbetta donne également une rythmique impeccable, parfois rock, bien épaulé par un Marcello Giuliani très cool.
Ajoutons à cela, la collaboration sur deux titres de Sophie Hunger, dont le saisissant “Let me go”. La suissesse s’y entend sur les morceaux downtempo, on l’avait vu sur la reprise “Le vent nous portera” de Noir Désir dont elle a fait un standard instantané. Elle nous prend ici aux tripes et magnifie la composition, tout en retenue et sobriété.
Courrez vous procurer cet album, encore une fois, Erik Truffaz est parvenu à sortir le jazz de son ghetto, lui redonnant son identité de musique populaire.
En vidéo, “In between” enchainé par “Let me go” filmé live sur le plateau de l’excellente émission “One shot not” :
J’adore tes deux premiers paragraphes !
Merci ^^