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Archive for janvier 2010

J’adore Joan Sfar, surtout pour son sens du rythme et de la couleur. Dans sa série « Klezmer », il peint comme personne l’univers Yiddish, la musique Klezmer, l’âme du peuple juif. Curieux de voir ce qu’il allait faire de la vie de Serge Gainsbourg, je suis allé voir « Gainsbourg, vie héroïque ». Sans trop rien lire sur le sujet pour ne pas trop déflorer une belle surprise, je m’étais préparé à un conte aigre-doux, mi psyché mi onirique de la part de ce fantastique conteur. Je n’ai pas été déçu. Sfar nous montre Gainsbourg et esquive le Gainsbarre tant rebattu par les médias hier, et encore aujourd’hui. Il a choisi le bon angle à mon avis, celui qui intéresse les fans, comment Lucien devient Serge ? Qui est Gainsbourg ? On en sait plus en sortant du film, même si cela reste une bio romancée. Il évite les écueils habituels des biopics, le larmoyant, le panthéonisant, l’allégorie,  pour nous rendre un Gainsbourg humain, fragile mais génial.

Pour un film sur un musicien, il fallait un réalisateur qui joue juste et dans le tempo, Sfar remporte haut la main le concours, bien aidé en cela par Eric Elmosnino et un casting sur mesure. Peu de gens dans la cinéma français sont capables de raconter des histoires, en réinjectant de la fraicheur dans le language cinématographique, je crois qu’avec ce film, le cinéma français a enfin trouvé son Tim Burton !

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La plus belle plume de la chanson française contemporaine s’est envolée cet après midi, le chouette Mano, sa gueule, sa gouaille, son âme d’écorché ne nous feront plus vibrer sur les scènes qu’il rendait brûlantes de sa sombre aura. Je suis vraiment triste de voir partir quelqu’un qui avait fait briller mon adolescence avec ses mots puissants, sa musique métissée et mélancolique. Mano Solo était un expressionniste de la chanson, un rocker du niveau de Bashung, tout en tendresse et poésie. Mais il savait aussi s’enflammer, enrager, exploser comme Léo Ferré.

Depuis ses 30 ans et son premier album « La Marmaille Nue » sorti en 1993, Emmanuel Cabut retournait les coeurs les plus froids. Sa chanson « Au creux de ton bras » me toucha tellement droit au coeur que même 17 ans plus tard, je suis encore pétrifié quand je l’entends par surprise au détour d’une chaine hi-fi. Suivront de grands albums comme « Les Années Sombres » et la plus belle des odes à Paris « Barbès-Clichy ». Il sut se rappeler de son passé punk, des Chihuahuas qu’il reforma en 1996 sous le sobriquet des « Frères Misères ». Il retrouvait alors sa rage, son engagement et balançait un brûlot punk-rock dans la tronche de Chirac et de ses sbires, disque toujours aussi actuel dans notre république des coquins et pour moi le meilleur album de punk-rock hexagonal.

Désormais sa voix douce puis râpeuse, son trémolo légèrement saturé étaient reconnus, Mano pouvait dérouler ses textes gouailleurs. Cinq albums suivirent où il mélangea accordéons, guitares et cuivres ;  rock, jazz, flamenco et chanson ; amour et haine. Toute une scène néo-réaliste advint, à ses cotés explosaient des Têtes Raides, des Tordue, des Karpatt, des Ogres de Barback et ce fut sans doute ce qui pouvait arriver de meilleur à notre pauvre chansonnette franchouillarde !

Mano chantait les enfants comme personne. Son dernier album, « Rentrer au port » m’avait secoué, surtout la chanson « Les enfants des autres » sans doute une de ses plus émouvantes. Paris, son Paris du 18ème, personne ne l’avait chanté comme lui, combien sommes nous de petits provinciaux à avoir arpenté les rues de Barbès avec sa petite musique en tête ? Solo criait les amours impossibles, vomissait son coeur, arrachait les nôtres pour nous les rendre plus gros, plus beaux. Il hurlait le corps, la chair en souffrance, la mort, la rédemption et la liberté. On ne sortait pas indemne de ses spectacles…enfin voila qu’il a le bon goût de mourir jeune, le voici le poète maudit, notre Arthur à nous, on te le laisse à toi là haut, fais lui une place à coté de Dimey, de Bruant, qu’il puisse reprendre des refrains parigots ad vitam aeternam.

Barbès-Clichy :

Au creux de ton bras :

Je n’ai pas / Les Frères Misères

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Richard Hawley est né le 17 Janvier 1967 à Sheffield, South Yorkshire, England. Pour ceux qui ne connaissent pas Sheffield, disons que c’est une ville industrielle tentaculaire pas super marrante. Ce qui a eu pour conséquence, comme souvent en Angleterre, de générer une scène artistique magnifique avec de bons groupes comme Arctic Monkeys, Human League, Cabaret Voltaire ou Pulp.

Richard Hawley s’illustre sur cette scène depuis le début des années 90 en tant que guitariste de tournée pour son pote Jarvis Cocker avec Pulp ou aux cotés de vedettes de variétés comme Robbie Williams. Il connaît son petit succès dans la mouvance indie avec son groupe Longpigs mais c’est en solo qu’il va laisser éclater un talent inattendu, celui du crooner ultime !

Il sort ainsi deux premiers albums, Late Night Final en 2002 et Lowedges en 2003, chacuns sur un label différent. Mais c’est peut être la rencontre avec Daniel Miller, mythique patron du label Mute (Depeche Mode, Nick Cave) qui va le booster vers les cieux éthérés du panthéon rock. Chez Mute, Hawley va réaliser trois albums, remplis de magnifiques mélodies aux arrangements léchés, de climats mélancoliques mais tendres. Il sait raconter un morne quotidien, décrire des paysages, une ville aimée et détestée, comme seuls les anglo-saxons savent le faire c’est à dire en en faisant des panoramas hollywoodiens qui impriment la rétine.

C’est que Hawley est anglais jusqu’au bout des ongles, c’est un mélodiste pop digne de McCartney, un conteur déchirant au niveau de Nick Drake. A tout cela, il ajoute sa passion pour la grande tradition de la chanson américaine, celle du Elvis des Sun Sessions, de Johnny Cash, de Roy Orbison et Lee Hazlewood. Hawley, c’est une voix grave, profonde et chaude, de la douceur mais des textes et des mélodies qui ne sombrent pas dans la mièvrerie.

Son dernier album « Truelove’s Gutter » est la perle noire de son oeuvre. Mis au défi par Daniel Miller qui l’exhortait à créer un album dénué de toute pensée commerciale, l’album de son coeur, Richard Hawley a relevé le gant. Ce disque est d’une grande finesse, Hawley y développe des mélodies intimes agrémentées d’arrangements raffinés mais sans esbrouffe.

Si vous cherchez un crooner classe mais pas cabot, un chanteur avec une âme et de la profondeur, un rocker qui ne sacrifie pas les textes à la mélodie, votez Richard Hawley !

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