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Archive for avril 2010

Il y a des injustices criantes quand il est question du succès ! Qui mérite de cartonner dans les charts ? Qu’est ce qui fait d’un chanteur, une idole ? Daran, lui, le mériterait cent fois ! Depuis 1992, Daran balance avec désinvolture un  blues hexagonal enfanté des amours de Piaf et Johnny Winter. Il a une signature vocale puissante, un grain, une couleur qui font que dès les premières syllabes passent les émotions. Il nous scotche, nous retient, nous oblige à écouter les mots splendides de ses deux paroliers fétiches, Alana Filippi et Pierre-Yves Lebert.

Son talent vocal et son charisme pourrait le pousser vers des hymnes facile mais il s’en sert avec retenue et pudeur. Ici réside son problême à mon avis, sa pudeur. Ce qui l’empêche de basculer dans la variété, à notre plus grand bonheur et pour le plus grand malheur de son banquier, c’est qu’il reste vrai dans ses interprétations. Daran est juste. De cette justesse qui vous dit que le gars ne ment pas, ses histoires sont vraies et vous défoncent le coeur. Vous écoutez Daran et vous serrez les poings. Vous emportez ses notes avec vous longtemps après la fin de votre écoute, elles vous habitent car sa musique n’est pas jetable. C’est en cela qu’il n’est pas grand public, pas d’émotion facile et préfabriquée, pas ce fast-food musical pompier auquel le rock français nous  a tant habitué  depuis Telephone…

Découvrez, redécouvrez Daran avec  « Couvert de poussière » sorti l’an passé. Un concept original,  puisqu’un album de BD accompagne le best-of de notre rocker rital. La BD met en image les chansons de Daran,  sous la plume de Michel Alzéal tandis Daran remet en musique sa carrière sur un disque, qui contient un inédit « Les Filles qui font la gueule ».

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Comme son nom l’indique, « Crouch, Touch, Engage » le dernier album du Andy Emler Megaoctet sorti chez Naïve, envoie du lourd comme le pack du XV de France ! Il vous explose à l’impact en milles notes étoilées, on voit 36 chandelles comme après un raffut de Sébastien Chabal. Les cuivres vous passent à tabac, les percussions vous envoient valdinguer en des terres exotiques, on en resort essoré !

Ca fait du bien et ça fait 20 ans que cela dure. Deux décennies que « l’organisateur de plaisir » Andy Emler réunit la fine fleur du jazz français, les solistes les plus aventureux pour des cavalcades héroïques, de tournées en sessions homériques. Le MégaOctet, excusez du peu, ce fut des Nguyen Lé, des Moutin, des Portal, des Massot, des Ducret et même de passage au chant, Benat Achiary ou Mister Higelin, que des mauvais en fait !

Aujourd’hui à l’heure tardive où je découvre cet album de 2009, le MegaOctet tourne avec entre autres l’excellent bugle de Médéric Collignon et les percus du génial François Verly. C’est un ravissement pour les oreilles d’entendre aujourd’hui ce jazz aventureux, intelligent, métissé, que mes oreilles novices comprennent comme un jazz world mi free-mi rock.

Alors certes, c’est moins abordable qu’un single de Mika mais beaucoup plus frais, moins sexy que Lady Gaga mais tellement plus bandant. Faut dire que Andy Emler s’adresse autant à votre mojo qu’à votre cerveau donc n’attendez plus, foncez sur ce disque qui rend intelligent et qui met une patate énooorme !

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Malcolm McLaren est né le 22 janvier 1946 à Londres (Angleterre) dans une famille modeste. Alors étudiant, Malcolm est très marqué par les révoltes étudiantes de Mai 68 et notamment les idées propagées par les anarchistes tendances « situationnistes ». Disciples du philosophe Guy Debord, ils prônent alors le détournement, stratégie consistant au renversement de l’ordre esthétique en réutilisant les slogans, les images publicitaires ou encore les campagnes de marketing pour créer une nouvelle œuvre portant un message différent, opposé au message original. Le situationnisme veut d’abord dépasser les mouvements artistiques révolutionnaires d’avant-garde du XXe siècle comme Dada ou le Surréalisme. Puis peu à peu, il prend conscience qu’en restant un simple mouvement artistique, il participe à la « Société du Spectacle » que Guy Debord fustige dans son œuvre célèbre. Les situationnistes décident donc de promouvoir l’instauration du chaos par le détournement, menant à une révolution sociale. Cette révolution devant conduire à la constitution d’une société égalitaire. Le jeune Malcolm saura s’en souvenir.

Il quitte le milieu universitaire et devient le gérant, avec sa compagne, la styliste Vivienne Westwood, de la boutique londonienne « SEX » située sur Kings Road. Avec elle, il commercialise des vêtements et accessoires, en vendant à une clientèle attirée par la mode rock des 50’s. Fan de musique et désireux de mettre en pratique ses idées situationnistes sur l’art et le chaos, il deviendra sans succès manager des New York Dolls. Cependant son escapade américaine l’amène à rencontrer la nouvelle scène punk new yorkaise. Devant les looks, l’attitude rock’n’roll des musiciens, les réactions outrées des braves gens et l’évidence du succès potentiel que peuvent avoir ces groupes sur la jeunesse britannique, Malcolm flaire le bon filon. Il emporte dans ses valises, le look de Richard Hell, guitariste de Television. Lui et Vivienne remisent à la poubelle les fringues ringardes qu’ils vendaient et créent une nouvelle collection de vêtements « anti-mode » et provocante. Après Hell, ce sera John Lydon, le futur Johnny Rotten, qui lui inspirera ses tenues les plus célèbres. La clientèle de jeunes attirés par la hype autour de la boutique va se révéler être un vivier de futures stars du punk. McLaren va tenter de faire de sa boutique Sex, un genre de Factory Warholienne, vivier d’idées, de hype, de talents, cour des miracles de la fin des 70’s, et il y parviendra.

Pistols première version

Désireux de poursuivre son chemin dans le management, Malcolm trouve plus malin de recruter lui-même un groupe. Décidé à former un gang suffisamment solide pour déclencher le chaos dont il rêve, il recrute quelques petites frappes qui trainent dans sa boutique, ce seront les Sex Pistols. Les Pistols feront beaucoup pour forger le mythe McLaren, cette légende très surfaite du fin stratège ès communication. Il est d’ailleurs amusant de confronter les différentes versions de la saga Sex Pistols selon qu’elle est racontée par Malcolm ou John Lydon. En fait, Malcolm McLaren a un talent inouï pour exploiter le talent des autres. Il se fait un nom dans la mode grâce à Vivienne Westwood qui elle-même doit beaucoup de ses idées vestimentaires à Richard Hell et John Lydon. Sa rencontre avec John Lydon et son copain Sid vont aussi lui permettre de s’enrichir scandaleusement à leurs dépens. A mon sens, Malcolm eut seulement le talent de maintenir ensemble les Pistols suffisamment longtemps pour qu’ils changent le monde de la musique. Pour le reste, il s’est simplement contenté de rester dans l’aura chaotique du génie Lydon, beaucoup plus talentueux que son mentor ! McLaren saura ainsi habilement détourner argent et lauriers, profitant avec un certain cynisme de la publicité autour de l’autodestruction de Sid Vicious. Ecœuré par la déchéance de son copain et par le manque de scrupules et la malhonnêteté de McLaren, Lydon jettera l’éponge et quittera le groupe.

Duck Rock

La suite de la carrière de manager de Malcolm McLaren sera à l’aune de sa gestion des New York Dolls, une catastrophe. Adam and the Ants, Bow Wow Wow, Jimmy the Hoover seront coachés sans succès. McLaren essaya bien de reproduire les provocations initiées avec les Pistols mais en pure perte. Le véritable talent de McLaren était qu’il sentait son époque. Il avait deviné l’amorce d’un mouvement culturel dans l’effervescence d’un bar crasseux du Bowery new yorkais. Des années plus tard, il flairera la vague hip-hop avec une bonne longueur d’avance sur tout le monde. Il sera ainsi le premier blanc à sortir un disque de rap en 83, le cultissime « Duck Rock » !

Agitateur d’idées, manager raté, musicien intéressant, gestionnaire habile, bateleur et mythomane, cynique et sans scrupules, érudit et rusé, Malcolm McLaren est indéniablement un des personnages emblématique des 80’s, rempli de contradictions, il cachait sous une pellicule superficielle un talent sans doute sous employé. Il fut probablement débordé par ses mauvais penchants mais sa grand-mère ne lui disait-elle pas sans cesse : « To be bad is good… to be good is simply boring »

Malcolm McLaren est décédé le 8 avril 2010 dans une clinique Suisse, d’un mésothéliome, un cancer de la plèvre. Il fut inhumé chez lui dans le Nord de Londres, au cimetière de Highgate. Rest in peace, vieil escroc !

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