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Archive for janvier 2014

Rest’la mon Nanard !

Baron samedi

Ce que j’ai toujours apprécié chez Bernard Lavilliers, mis à part sa présence scénique stupéfiante et son fidèle engagement  de 40 années auprès de la classe ouvrière, c’est sa capacité de « passeur« . Si la France est une terre bénie pour les musiques du monde, si les artistes du monde entier viennent du tiers et du quart monde entier enregistrer et tourner par chez nous, nous le devons aussi un petit peu à Bernard.

Il en aura médiatisé, parrainé des chanteurs, des musiciens brésiliens, cubains, jamaïcains tels que Bonga Kuenda, Tiken Jah Fakoly, Ray Barretto, Cesaria Evora, Jimmy Cliff, N’Zongo Soul. D’aucuns diront qu’il a pillé les répertoires, raconter tant et tant de salades…de petits critiques germano-pratins fronceront toujours le nez devant ce chanteur trop « peuple » à défaut d’être « people »…but who cares ?

De plus, depuis 45 ans, Bernard chante les poètes, Aragon, Cendrars, Vian, Ferré, Baudelaire, Rimbaud, Prévert, Kipling, Apollinaire et tant d’autres ont été adapté avec bonheur, magnifiés par les arrangements et la voix de Lavilliers, ces grandes plumes  ont été transmises à bien des oreilles rendues hermétiques par Mlle Education Nationale et qui soudain se découvrirent une passion pour les livres de poésie. Car aller à un concert de Bernard Lavilliers c’est comme rentrer dans une bonne bibliothèque, on en ressort plus malins en plus d’avoir dansé pendant 2 heures. C’est ainsi qu’à chaque sortie d’un nouvel album, on attend la surprise, dans quels pays va-t-il encore nous embarquer ? Quelles fabuleuses histoires va-t-il nous raconter ?

En bon fan du stéphanois, j’attendais avec impatience ce nouvel album que les journalistes autorisés dans les milieux où l’on s’autorise nous prévoyait très axé sur les rythmes haïtiens, surprenant quand on sait que Bernard déteste  les musiques caribéennes… Je l’attendais d’autant plus que j’avais été un peu déçu par un « Samedi soir à Beyrouth », 19ème album un tantinet trop linéaire et également par le 20ème et dernier album en date, « Causes perdues et musiques tropicales ». Ce dernier, malgré les renforts de pointures telles que Ruben Blades, Mino Cinelu ou encore Teofilo Chantre, peinait à nous envoûter à l’égal de monuments hypnotiques du genre « Ô Gringo » ou « Voleur de Feu ».

A la sortie de son 21ème album, Bernard Lavilliers fait effectivement appel au « Baron Samedi« , le saint patron vaudou des cimetières et de la renaissance. Ce puissant compagnon haïtien lui donne ainsi le coup de pouce pour renouveler son inspiration. Bien épaulé par Romain Humeau, sans doute un des meilleurs arrangeurs du rock français, et par le Quatuor Ébène, Bernard fait preuve ici qu’il n’a rien perdu de sa verve.

Dès le premier titre, « Scorpion », adaptation d’un texte du poète turc Nazim Hikmet, nous sommes renvoyés à notre responsabilité individuelle et collective dans les malheurs du monde. Bingo, il fait mouche et on est ravis de découvrir ce nouvel écrivain à nous encore inconnu. Puis vient « Vivre encore », superbe texte de Lavilliers qui montre ici également son talent de mélodiste pop. S’ensuivent une dizaine de titres variés, avec en particulier la pépite « Y’a pas qu’à New York », morceau très Spanish Harlem concocté pour le boss par Marc Estève, Teofilo Chantre pour le texte et  Fred Pallem pour la musique.

Mais pour moi, le clou du disque c’est « Rest’là maloya », jolie reprise de la chanson du poète et chanteur réunionais Alain Peters. L’originale de Peters est sans doute la plus belle chanson composée et écrite par un auteur français. Tout y est là dedans, le texte poignant, la mélodie subtile, la structure variée, ce rythme créole qui vous conduit aux limites de la transe…peu de chansons m’ont autant remué que celle-ci. Alors quand j’ai appris qu’elle figurerait sur le prochain Lavilliers, malgré la confiance que je peux avoir envers le tact et la science de l’adaptation du boss, j’avais un doute sur l’aventure ! Mais au final, Lavilliers tape en plein dans le mille ! Jugeant à juste titre que le texte appartenait à Peters et qu’il était bien trop chargé émotionnellement et trop autobiographique pour qu’il puisse le chanter, Bernard a donc réécrit les paroles en gardant la musique hypnotique du morceau. Jackpot ! Le mix Lavilliers-Peters est réussi, le titre est aussi entêtant, addictif que l’original même s’il reste moins émouvant pour les raisons que l’on sait. Homogène, varié, d’un niveau qui le place pour moi dans les 5 meilleurs Lavilliers, Baron Samedi est une belle réussite. Je le place même dans mon top 5 213 tous genres confondus.

Que dire de plus ? Je l’ai bien vendu ton disque mon Nanard non ? On se revoit à Florange, bisous !

M. Tof

Rest’la maloya / Bernard Lavilliers

La version originale d’Alain Pèters :

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