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2012, « Feu ! Chatterton« , très jeune quintette rock parisien, sort sa première composition en vidéo sur Youtube et pique la curiosité. Leur maturité musicale est étonnante, leurs textes français bien troussés tranchent avec les facilités du « rock français contemporain ». On sent un univers littéraire et esthétique riche et pensé, des bases musicales solides.

 

 

De ce premier acte prometteur, il fallut attendre deux ans pour avoir la suite, peut être juste ce qu’il fallait pour transformer l’essai.

2014, « Feu ! Chatterton » sort son premier EP éponyme et on en découvre plus sur ce chanteur, Arthur, « Des Esseintes » moderne tout droit sorti d’un roman de « Huysmans ». Signature vocale particulière, si son allure et son prénom nous font penser de suite à « Arthur H. », sa voix et sa diction le rapprochent plutôt de « Christian Décamps« , du jeune « Gainsbourg » ou du « Bashung » de « L’Imprudence ».

Les quatre musiciens accompagnent impeccablement leur interprète d’un post-punk classieux que n’auraient pas reniés le « Kat Onoma »  de « Rodolphe Burger » ou le « Television » de « Tom Verlaine ».

Chatterton, Verlaine, Huysmans, Décamps, Bashung, Burger, Gainsbourg…vous voyez ou je veux en venir…on a affaire ici à un rock lettré, francophone qui s’assume et qui lève l’étendard d’une langue riche sans s’effrayer de guitares anguleuses ni de rythmiques métronomiques.

Quel bonheur de retrouver les délices d’un véritable rock français, sombre, incarné, incandescent, romantique !

 

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0614427955425_600Après « Kubic’s Monk« , précédent disque où Pierrick Pédron virevoltait sur la musique de Thelonious Monk, le talentueux altiste revient avec un excellent troisième album : « Kubic’s Cure.

Toujours sous la forme d’un impeccable trio, saxo alto-contrebasse-batterie, le nouveau projet de Pierrick Pédron a germé autour de l’œuvre sombre et romantique du groupe de rock « The Cure« . De prime abord avec « The Cure », on semble loin de l’univers du jazz, les compositions de Robert Smith, leader charismatique et inspiré du groupe anglais oscillant entre pop-rock bubble-gum et post-punk torturé. Cependant, je pense que Pierrick Pédron a bien saisi, en connaisseur, tout le potentiel et l’âme de compositions, dont les prestations live de Smith ont souvent viré vers un genre de free-rock, qui n’est pas pour déplaire aux puristes jazz.

Résultat des courses, on a ici un excellent exercice de réinterprétation et de réarrangement de classiques du rock. Cet exercice habituellement bâclé ou sans intérêt lorsque réalisé par des rockers sur des albums « hommage » ou « tribute » insipides prend là une toute autre dimension avec la bande de Pierrick Pédron. Solidement campé sur la rythmique implacable de Thomas Bramerie et Frank Agulhon, Pédron improvise sur son saxo dans le rôle de Robert Smith, tour à tour fidèle aux mélodies de Smith  puis dynamitant le tout dans des improvisations  de feu. Il est épaulé sur quelques titres par la trompette fougueuse de Médéric Collignon qui vient apporter de la folie « free » dans la sauce Kubic. Atténuant le relatif minimalisme musical de ce trio, le producteur Vincent Artaud magnifie le tout d’un habillage sonore aux ambiances soignées, collant parfaitement à l’univers « Cure ».

Je suis fin connaisseur de The Cure, à la première écoute, j’ai été dérouté, dérangé, sorti du confort de ma perception désormais intuitive de cette musique. La musique de The Cure fait tellement partie de mon inconscient qu’il me fut difficile de prendre le recul nécessaire afin de juger cet album. Mais après quelques dizaines de minutes d’écoute concentrée en haute-fidélité, j’ai été frappé par une évidence, Kubic’s Cure fait partie d’ores et déjà des meilleurs albums de The Cure !

Mais au delà des considérations sur la musique de The Cure, Kubic’s Cure est un album crucial en cette année 2014 parce qu’il apporte un vent de nouveauté sur le jazz. Un peu à l’image de ce que fait le groupe « Snarky Puppy », Pédron & cie se placent dans la mouvance d’une génération ayant assimilé l’idiome jazz et la culture pop. Ils pourraient tous en accoucher d’horribles disques jazz-rock mais dieu merci, il en résulte une musique hybride, ni jazz ni rock ni jazz-rock mais un jazz du 21ème siècle qui fait plaisir à entendre !!

Pour finir de convaincre tous les fans de « The Cure », je les invite à écouter attentivement ce que font les trois lascars accompagnés par la trompette de Collignon sur « Killing an arab », morceau d’anthologie envoyé en orbite stratosphérique par 4 jazzmen en transe !!!

Pour découvrir quelques extraits de Kubic’s Cure : https://www.actmusic.com/en/Artists/Pierrick-Pedron/Kubic-s-Cure/Kubic-s-Cure-CD

 

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C’est en écoutant le premier album solo de Lescop, que de fil en aiguille, j’ai découvert le groupe Savages.

Signé sur Pop Noire, le label de l’ex chanteur d’Asyl, Savages est un quatuor rock franco-anglais d’obédience post-punk. Particularité, groupe 100% féminin qui déboite !

Classieux mais rugueux, noir mais arty, noisy mais cristallin, Savages emprunte beaucoup aux figures tutélaires du punk menstrué, Patti Smith et Siouxsie Sioux planent ainsi loin au dessus de ces quatres bombes à retardement. On retrouve dans leur musique, la révolte du punk rock, le coté glacé du post-punk et la volonté d’installer des ambiances entre calme résigné et colère explosive à la façon de Pj Harvey ou des Pixies. Jehnny Beth semble totalement habitée par sa musique et le groupe brille de cette aura noire un brin gothique qui me les rend immédiatement sympathique, tout fan de Nick Cave et Joy Division que je suis.

Au delà, ce qui frappe également dans le parcours de ce groupe, c’est qu’il a pour chanteuse Jehnny Beth alias  Camille Berthomier. Camille Berthomier ne nous était pas inconnue, l’actrice et musicienne française est entre autres la Jehn du duo John & Jehn. Elle est donc avec son compagnon Johnny Hostile, la fondatrice du label Pop Noire sur lesquels sont signés Lescop, Savages, John & Jehn et Johnny Hostile en solo (alias John…)

Tout cela pour vous dire que Jehn maîtrise parfaitement son affaire, autoproduite, indépendante, conquérante, intègre.

Lorsqu’on glisse le CD des Savages dans la platine, on le fait d’emblée avec le respect dû aux soldats du Punk !! Foncez les yeux fermés, « Silence Yourself« , le premier album de Savages fait vraiment du bien.

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Abordons maintenant le cas The Damned, un autre groupe mythique de la scène punk anglaise. Contemporains immédiats des Sex Pistols, The Damned est un des nombreux oubliés de l’histoire du punk. Sans doute le groupe le plus sous estimé de la période, The Damned était sans doute trop doué, trop brillant pour recevoir l’AOC Punk 77 !

Formés en 1976, The Damned est composé de véritable pionniers du punk. Brian James et Rat Scabies, ex membres des London SS de Mick Jones, recrutent Captain Sensible et Dave Vanian. Ensembles, ils donneront leur premier concert en première partie des Sex Pistols au 100 Club en juillet 1976.

Ils n’attendront personne pour sortir le premier vrai single punk, « New Rose » sort en effet le 22/10/1976, deux mois avant le premier Buzzcocks et 6 mois avant les premiers Pistols et Clash !

Plus speed que les Ramones, plus bouffons que les Sex Pistols, moins poseurs que les Clash et moins naïfs que les Buzzcocks, les Damned auront vite mauvaise réputation dans le mouvement. Très indépendants et individualistes, prêts à tout pour réussir, ils se foutent des règles qu’elles soient punks ou autres. Ils ne respectent rien, n’ont aucun idéal mis à part celui de parvenir à leurs fins. Malgré un pedigree impeccable, arrivés avant tout le monde mais considérés comme trop « commerciaux », ils peinent à s’imposer comme les leaders du mouvement. Mais « never mind the bollocks », The Damned en profitera rapidement pour faire évoluer sa musique. Absolument pas limité par les capacités de ses musiciens, excellents techniciens, The Damned évolue d’albums en albums vers le post-punk voire la cold wave.

Moins prophètes en leur pays qu’aux USA, ils seront les inspirateurs de la scène hardcore US tout comme de la future scène gothique. En effet, le look vampiresque et le voix de baryton de Dave Vanian va inspirer bon nombre de frontmen torturés !  Pour être sur de ne pas passer à coté d’un des meilleurs groupe de l’histoire du rock, il faut absolument jeter une oreille sur le premier, troisième, quatrième, sixième et neuvième album du groupe : Damned Damned Damned (1977), Machine Gun Etiquette (1979), The Black Album (1980), Strawberries (1982), Phantasmagoria (1985). Vous m’en direz des nouvelles !

Premier single de The Damned : « New Rose » en octobre 1976

Le tournant post-punk : « I just can’t be happy today » en 1979

Période goth : « Grimly Fiendish »en 1985

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GoldenWave

Gros coup de cœur en ce moment pour la furieuse scène pop-rock bas-normande ! Avec des groupes talentueux à foison comme The Lanskies, Da Brasilians, Concrete Knives ou même les prometteurs The Fuck, la région grouille de groupes rock énormes.

Dans ce haras de purs-sangs soniques, je fais un focus sur GoldWave. Ce jeune groupe caennais vient de sortir son second EP explosif : « Night Lights ».

Véritable madeleine post-punk « Night Lights » vous envoie dinguer dans un vieux fog mancunien à grand coups de guitares anguleuses et de rythmiques métronomiques. Dans le brouillard, en arrière -plan, on devine les silhouettes fantomatiques de Ian le maudit, de Paul Banks, Tom Smith et des frères Reid. C’est sûr, ils ne sont pas les premiers à mixer post-punk, glacé et shoegaze abrasif mais à ce petit jeu ils sont plutôt doués et à mettre au dessus du panier tant cet EP est équilibré, sobre et mesuré.

Maintenant, je vais attendre de pied ferme les prochaines productions de ces espoirs frenchies. Vont-ils ramasser le flambeau abandonné par Interpol en proposant un album du calibre de ces quelques titres ? A suivre…

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The Cure, line up 1980, Smith, Tolhurst, Gallup, Hartley

Je sais que ce blog est suivi par pas mal de fans de The Cure, alors j’en profite pour faire un brin d’autopromotion pour mon Scoop.it! spécial The Cure : « The Hanging Garden ».

Scoop.it! est une plateforme de curation qui permet d’organiser une veille automatisée sur des sujets précis comme ici le groupe The Cure. Vous y trouverez donc une sélection de tous les liens, news, scoops, mise à jour de tout ce qui concerne notre groupe préféré ! Un simple clic dans chaque petite fenêtre contenant les infos vous redirige sur les sites contenant les scoops. The Hanging Garden vous permettra donc de voir d’un coup d’oeil toute l’actu du groupe.

Au menu ce lundi, un lien vers un superbe bootleg d’Avril 1980 déniché sur le site Playsound. Printemps 1980, The Cure assure sa première tournée américaine pour la promo de « Seventeen Seconds ». On retrouve sur cet excellent enregistrement, Robert Smith accompagné de Simon Gallup à la basse, Lol Tolhurst à la batterie et Mathieu Hartley aux claviers.

Allez Marty, grimpe dans la De Lorean direction Cherry Hill dans le New Jersey, compteur bloqué sur le 10 avril 1980 !!!

http://www.scoop.it/t/the-hanging-garden

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Connaissant mon oreille très 80’s, un ami m’a passé un album de Masquer, groupe suédois inconnu sur mes tablettes. J’ai pris immédiatement une gifle, un peu la même que celle administrée par le premier album d’ Editors.

Masquer est un groupe suédois, basé à Stockholm. Composé par un duo mixte, Kicki Halmos au chant et claviers avec Pelle Lundqvist à la guitare, ils produisent ce que l’on peut qualifier de dream pop lo-fi à couleur new wave.

Ce qui frappe immédiatement à la première écoute, c’est la voix charismatique, habitée, presque hantée de Kicki. Idéale pour ce genre de musique, elle fait beaucoup penser à un mix de Pj. Harvey, Liz Fraser ( Cocteau Twins),  Tanya Donelly ( Belly) et de Siouxsie Sioux ( Siouxsie & the Banshees). Son acolyte Pelle a lui un petit son de guitare bien sympa, en lignes claires, réverb à donf façon Vinny Reilly ( Durutti Column). Si on reprend le tout, à l’écoute, on obtient donc une synthèse de tout ce qui s’est fait de mieux dans la pop des 80’s-90’s.

Sur « Cover my face as the animal cry », Masquer réussit en effet la prouesse de faire oublier instantanément tous les groupes actuels formant cette cohorte agaçante du revival 80’s. En toute fraicheur et légèretée, Kicki brosse des tableaux cold wave que n’aurait pas renié non plus Robert Smith. En effet, la filiation semble évidente avec The Cure, notamment au niveau des mélodies soulignées aux synthés.

On pourra certes hurler à la redite voir au plagiat mais je pense qu’ici un vrai travail de composition a été réalisé, un univers a été créé qui ne demande qu’à s’épanouir, mûrir et s’affirmer. Masquer est parvenu à la synthèse de toute la musique que j’aime, comme avant lui Interpol et Editors, je leur souhaite le même parcours. En attendant,j’en ai déjà fait mon disque de l’été !

« Cover my face as the animal cry » est sorti en automne 2011 chez MSQR Records. Et pour vous convaincre que je ne suis pas totalement sénile,  voici le tube imparable de l’album « Happiness » :

http://masquer.bandcamp.com/

http://www.myspace.com/masquerstockholm/music

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Je voudrais aujourd’hui vous refiler un excellent lien sur les années Post-punk : Wavelength 1976-1984

Sur ce site sérieux et complet, vous retrouverez un historique complet de la période 1976-1984, tout ce  qu’il faut savoir sur la new wave, le post-punk, la new pop de ces années là. La valeur ajoutée indéniable du site est la mise en avant fonctionnelle, esthétique et pratique de nombreuses vidéos et clips d’époques qui font de Wavelength un petit INA du punk ! J’applaudis des deux pieds et souhaite bon vent à ce super site !

 

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Printemps 2006, renversé cul par dessus tête au 22 Ouest du Printemps de Bourges par une furieuse bande de Rochellais, il était bien clair pour moi que Asyl était clairement le meilleur groupe de rock français de la décennie. Protégés de Daniel Darc, produits par Andy Gill, le groupe emmené par Mathieu Lescop faisait des étincelles avec l’album  désormais culte « Petits Cauchemars entre amis« .

Et puis le temps a passé et Asyl a progressivement perdu le feu sacré, usé sans doute par le road trip rock & roll infernal inhérent à la vie d’un groupe en développement.

Et puis fin 2011, la blogosphère bruisse d’une rumeur, Mathieu Lescop bosserait sur un projet avec le duo post-punk  français John & Jehn…impatience…excitation !

Des démos sont postées sur Noomiz et de semaines en semaines, le projet se précise jusqu’à un EP éponyme : « Lescop » sorti fin 2011 sur Pop Noire, le label de John Hostile, la moitié de John & Jehn,  qui produit également le disque.

Sur cet EP, c’est toute la famille de la new wave française qui revit, de Daho à Taxi Girl, de Kas Product à Marquis de Sade. Textuellement, les ambiances cinématographiques de Jean Fauque ne sont pas loin, tout comme les fulgurances de Daniel Darc. Pop noire comme son label, la musique de Lescop s’est apaisée depuis Asyl mais n’a pas pris de couleur. La mine est sombre et frondeuse, l’atmosphère est tendue, toujours.

Ok, ouais d’accord, Lescop n’est pas super en place niveau chant. Les compos sont bancales, baroques mais fuck ! En 4 titres, on est happé, l’urgence, la mort qui rôde, la nuit, la peur…voici les ingrédients d’un bon disque de rock ! Car Lescop ne sort pas de The Voice, il est sur la route, la poignée dans le coin, toujours à la limite, toujours sur la ligne blanche !

Alors allez jeter une oreille par là, vous ne serez pas déçus :  http://www.deezer.com/fr/music/lescop

 

Comme un hommage à The Cure, La Forêt / Lescop :

 

Pour ceux qui auraient oublié Asyl, révision avec « Intérieur/Extérieur » :

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Dans la série des artistes qui ont marqué l’histoire, on retient peu le nom de David Sylvian. Pourtant peu d’artistes des années 80 ont eu autant d’influence, peu ont été autant copié. Flash back, retour vers 1974 et les années glam !

En 1974, à Londres,  le groupe « Japan » se forme autour de David Sylvian, son frère Steve Jansen, Rob Dean, Mick Karn et Richard Barbieri. Très influencé par David Bowie et Roxy Music ou T-Rex, Japan signe sur le label allemand Hansa et sort son permier album « Adolescent Sex » en 1978. Débarquant au beau milieu de la déferlante punk, le glam-rock précieux de Japan fait un flop en Angleterre mais une belle carrière au Japon et en Europe continentale.

Adolescent Sex /  Japan. Avril 1978.

On le voit, le cheveu est trop long, la silhouette trop androgyne, le look trop maniéré pour 1978. Japan passe au travers de la hype punk.

Mais Japan va se placer sans le savoir en avant garde du mouvement new wave et cela dès son second album, « Obscure Alternatives » toujours en 1978. Plus aventureux, ce second essai intervient alors que le punk s’essoufle et que les premiers tirs post-punks de Howard Devoto et Magazine sont déclenchés. Très influencé par Bowie et le Roxy Music de Brian Eno, Japan fait évoluer ses compositions dans le même sens que les pionniers post-punk que sont Magazine ou P.I.L.

Deviation / Japan. Octobre 1978

Japan est sur la bonne voie, pile dans le son de son époque et poursuit sa mue vers la new wave avec « Quiet life », 3ème album sorti en décembre 1979. Les guitares reculent de plus en plus face à la basse et aux claviers, le son se robotise et se rafraichit. Sylvian s’émancipe vocalement et abandonne sa voix maniérée à la Bowie, il trouve un baryton plus naturel qui deviendra sa marque de fabrique et sera beaucoup imité. Bien que novateur musicalement, l’album ne perce pas au Royaume-Uni, le groupe souffre encore de son image glam. Mais le succès est toujours présent hors de leur frontière.

Quiet life / Japan. Décembre 1979

En 1980, Japan quitte le label Hansa pour rejoindre Virgin et sort ses deux derniers albums « Gentlemen take polaroid » et « Tin drum ». La mue du glam-rock vers la synth-pop est achevée, Japan est même considéré comme partie prenante du mouvement Néo Romantique des Visage, Ultravox, Human League et autres Duran Duran. C’est oublier que Japan a des années d’avance sur ce mouvement et qu’il paraît évident qu’un groupe comme Duran Duran s’est contenté de recopier grossièrement look, son, attitude de la bande de Sylvian. Le plus gros succès commercial de Japan sera le single « Ghosts » extrait de l’abum « Tin Drum ».

Ghosts / Japan. Novembre 1981.

Alors qu’il atteint le sommet des classements et qu’il est enfin reconnu dans son pays, Japan se sépare avec fracas, essentiellement pour la traditionnelle histoire de coeur…les deux leaders du groupe se disputant la même princesse…

David Sylvian poursuit sa carrière en solo et plutôt que de capitaliser sur la bonne recette new wave dont il est un des plus grands chefs, il continue à innover. Il garde de cette manière toujours un coup d’avance sur la concurrence au détriment de son porte monnaie !

A force de tourner inlassablement au Japon, pays qui fut le premier à reconnaitre le talent de Japan, Sylvian a noué de nombreux lien avec des artistes japonais dont certains comme Ryuchi Sakamoto intervinrent sur les derniers albums de Japan. Parmi les plus intéressantes, sa collaboration avec  Sakamoto accoucha de magnifiques projets. Son premier effort solo se fit en duo avec le pianiste japonais, le single « Bamboo House / Bamboo music » sort en 1982. Sylvian et Sakamoto y marient synth-pop occidentale et gammes orientales.

Bamboo Music / Sylvian & Sakamoto. 1982

Suivront d’autres collaborations dont la plus connue est la BOF de « Furyo », le fim de Nagisa Oshima et le magnifique « Forbidden Colors » qui laisse toujours sans voix :

Forbidden Colors / Sylvian & Sakamoto. 1983

De plus en plus expérimental, Sylvian s’adjoint les services de Holger Czukay du groupe « Can », du jazzman Jon Hassell qui rejoignent Sakamoto et Steve Jansen. Ensemble ils réaliseront le premier album solo de Sylvian, le méconnu bien qu’excellent « Brilliant trees » en 1984. D’ambiance plus jazzy, l’album s’éloigne de la new wave, les compositions se complexifient et portent des textes intelligents et lettrés.

Extrait de « Brilliant trees », le single « Red Guitar » :

Suivra en 1985, « Alchemy : an index of possibilities » avec les mêmes musiciens, un album plus difficile, entre jazz, world music et rock progressif. Un exemple ci-dessous avec « Words with the shaman »

Words with the shaman / David Sylvian. 1985

Pour son troisième essai solo, Sylvian s’acoquine avec Robert Fripp de King Crimson et sort un double album « Gone to earth », une face vocale et l’autre instrumentale pour être sûrs d’en vendre 15 millions…

Gone to earth / Japan. 1986

David Sylvian atteint son apogée artistique avec son quatrième album « Secrets of the beehive » en 1987. Sur cet album, Sylvian et Sakamoto retravaillent de concert et arrangent leurs compositions de cuivres, de cordes. Utilisant les synthés à faible dose, l’album a une coloration sombre, romantique et mélancolique. Sylvian se fait crooner sans tomber dans la mélasse. Le disque est un intéressant mélange des univers respectifs des deux collaborateurs, comme un espèce de world music d’avant garde. Le single « Orpheus » est la perle noire de l’oeuvre de Sylvian et on peut franchement dire que c’est un scandale que cet album ne soit pas plus souvent cité dans les anthologies et autres classements du siècle.

Orpheus / David Sylvian. 1987

Suivront douze riches années de collaborations diverses avec Robert Fripp, une reformation de Japan sous le nom de « RainTree Crow » pour aboutir en 1999, à « Dead Bees on a cake ».  Sur ce cinquième album solo, Sylvian est toujours accompagné par Sakamoto et Jansen mais aussi par le guitariste expérimental Marc Ribot et du percussioniste indien Talvin Singh.  Sylvian y chante comme jamais des compositions de plus en plus influencées par l’Asie. On y retrouve quelques pépites comme le très oriental « Krishna Blue » :

Après deux compilations, Sylvian quitte Virgin et fonde son propre label, « Samadhi Sound ». Il y sort l’album « Blemish » en 2003 puis « Manafon » en 2009. « Blemish » est un disque introspectif et spectral. Il tranche singulièrement avec le solaire et tranquille « Dead Bees on a cake ». Moins accessible que le reste de la production de Sylvian, on navigue entre ambient et musique expérimentale. « Manafon » poursuit sur le même chemin, sillonant les sentiers de la musique improvisée, du jazz d’avant garde et de la musique contemporaine mais sans jamais oublier la mélodie et le caractère sentimental de la musique de David Sylvian.

A l’heure ou un Bryan Ferry encensé reforme Roxy Music, on ne peut que ricaner à comparer les oeuvres respectives. Bryan Ferry innova quelques années grâce au travail de Brian Eno puis se glissa dans le moule douillet de la synth-pop 80’s avant de se contenter de faire le crooner jazzy. Alors que la carrière de Sylvian n’est qu’une lente montée vers les hautes sphères artistiques, un refus du compromis, de la facilité et du mainstream. J’espère que ce très long article participera à la reconnaissance méritée de cet artiste et surtout qu’ à ce que l’on cesse de décrier la musique des années 80 !

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