Je poursuis ma petite histoire du Punk. Après les pionniers des 50’s, voici les grandes influences 60’s du mouvement punk !
Bien qu’il revendique faire table rase du passé, le musicien punk cite un certain nombre d’influences plus ou moins avouées. Parmi celles-ci et par ordre d’apparition donc, les Mods. Le mouvement Mod est né en Angleterre à la fin des années 50. Concernant au départ la musique jazz, il se tourne peu à peu vers la soul américaine. Il mélange ainsi blancs et noirs dans une Angleterre en pleine explosion pop. Les groupes mettent en pratique cette mixité en mêlant soul et pop, accouchant d’un rhythm’n’blues sur vitaminé bien en phase avec la mentalité hédoniste du mouvement. Les looks sont étudiés, costumes et chemises anglaises, chaussures italiennes ; le mod ne vit que pour attendre le week end et aller danser. Le mouvement s’éteint en 1966 avec la montée en puissance du psychédélisme hippie mais ces quelques années auront donné des formations majeures de l’histoire du rock : les Kinks et les Who.
Les Kinks sortent en 1964 un single séminal : « You really got me ». Le son sale et méchant bricolé par Dave Davies, qui lacéra la membrane de son ampli de guitare lors d’un accès de rage, donne un coté nouveau et excitant à la composition de son frère Ray. Le son distordu et agressif va entrainer une réaction en chaine dont les répliques sont encore perceptibles aujourd’hui. Quel groupe de gamins ne s’est pas une fois fait la main sur ses trois accords basiques…tout l’esprit du punk réside dans ce thème là !
J’ai pris une bonne gifle lors d’une formation organisée par la Médiathèque départementale du Haut-Rhin sur les musiques des Mascareignes (La Réunion, l’île Maurice et l’île Rodrigues). Mon professeur du jour, Franck Schwebel, discothécaire éminent et érudit, m’a permis de découvrir la profondeur de la culture créole réunionnaise, à milles lieux des clichés métropolitains qui étaient jusque là les miens. Principales découvertes de la journée, l’histoire musicale du maloya, sorte de blues créole typique de La Réunion et un de ses plus magnifique représentant, Alain Péters.
Alain Péters est le poète maudit réunionnais par excellence, en plus d’en être un des génies musicaux. Né le 10 mars 1952 à La Réunion, il y est décédé le 12 juillet 1995 d’une crise cardiaque. Rebelle, il quitte tôt l’école et parcourt les années 60 au sein de groupes de rock réunionnais majeurs tels que « Les Lords », « Pop Décadence » et surtout « Les Caméléons ».
Au sein des Caméléons, des musiciens tels que Péters, René Lacaille et Loy Erlich vont fondre la musique traditionnelle réunionnaise, le maloya et le séga, dans le rock progressif et psychédélique de ces années 70. Poursuivie au sein de son propre groupe Carroussel, cette fusion musicale, malgré le talent immense de Péters, ne résistera pas à une débauche d’excès qui le conduisent à la clochardisation. Malgré tout, Péters poursuit sa route musicale et troque guitares psyché pour un takamba (instrument à corde sahélien). Troubadour éthylique, clochard céleste, il erre alors dans les rues, expiant sa vie ratée à coup de bouteilles de rhum. De ce naufrage artistique, il reste donc peu de choses, quelques vinyles dispersés et des bandes, que l’on doit à un de ses amis qui sût l’enregistrer de bon matin, afin de préserver le témoignage sonore d’un grand talent.
De ces restes du grand brasier autour duquel dansa Alain Péters, est sorti un grand disque, édité en début d’année. C’est un double cd + dvd nommé : » Vavanguèr » sur l’excellent label réunionais Takamba. Sur ce disque, vous découvrirez la musique d’un être d’ombre et de lumière, profondément spirituel. Avec des versions lo-fi avant l’heure, dépouillées à l’os, Alain Péters s’inscrivait dans la tradition des grands chanteur de blues et de folk. Sa chanson Rest’la Maloya m’a transpercé. On y entend toute la douleur d’un être massacré par l’alcool, tiraillé par les remords d’avoir brisé sa famille. Sans pathos, sans pleurnicheries, il y expose son mal de vivre tel un Nick Drake, un Mano Solo tropical.
Foncez sur ce disque, dépaysant, ébouriffant, émouvant ! Découvrez le maloya, fouinez sur le label Takamba, sur le site Akout. com, je vous garantis qu’au coeur de notre hiver métropolitain, la musique réunionnaise réchauffe comme une lampée de rhum !
Ci dessous quelques liens utiles pour se faire une idée :
J’adore Joan Sfar, surtout pour son sens du rythme et de la couleur. Dans sa série « Klezmer », il peint comme personne l’univers Yiddish, la musique Klezmer, l’âme du peuple juif. Curieux de voir ce qu’il allait faire de la vie de Serge Gainsbourg, je suis allé voir « Gainsbourg, vie héroïque ». Sans trop rien lire sur le sujet pour ne pas trop déflorer une belle surprise, je m’étais préparé à un conte aigre-doux, mi psyché mi onirique de la part de ce fantastique conteur. Je n’ai pas été déçu. Sfar nous montre Gainsbourg et esquive le Gainsbarre tant rebattu par les médias hier, et encore aujourd’hui. Il a choisi le bon angle à mon avis, celui qui intéresse les fans, comment Lucien devient Serge ? Qui est Gainsbourg ? On en sait plus en sortant du film, même si cela reste une bio romancée. Il évite les écueils habituels des biopics, le larmoyant, le panthéonisant, l’allégorie, pour nous rendre un Gainsbourg humain, fragile mais génial.
Pour un film sur un musicien, il fallait un réalisateur qui joue juste et dans le tempo, Sfar remporte haut la main le concours, bien aidé en cela par Eric Elmosnino et un casting sur mesure. Peu de gens dans la cinéma français sont capables de raconter des histoires, en réinjectant de la fraicheur dans le language cinématographique, je crois qu’avec ce film, le cinéma français a enfin trouvé son Tim Burton !
La plus belle plume de la chanson française contemporaine s’est envolée cet après midi, le chouette Mano, sa gueule, sa gouaille, son âme d’écorché ne nous feront plus vibrer sur les scènes qu’il rendait brûlantes de sa sombre aura. Je suis vraiment triste de voir partir quelqu’un qui avait fait briller mon adolescence avec ses mots puissants, sa musique métissée et mélancolique. Mano Solo était un expressionniste de la chanson, un rocker du niveau de Bashung, tout en tendresse et poésie. Mais il savait aussi s’enflammer, enrager, exploser comme Léo Ferré.
Depuis ses 30 ans et son premier album « La Marmaille Nue » sorti en 1993, Emmanuel Cabut retournait les coeurs les plus froids. Sa chanson « Au creux de ton bras » me toucha tellement droit au coeur que même 17 ans plus tard, je suis encore pétrifié quand je l’entends par surprise au détour d’une chaine hi-fi. Suivront de grands albums comme « Les Années Sombres » et la plus belle des odes à Paris « Barbès-Clichy ». Il sut se rappeler de son passé punk, des Chihuahuas qu’il reforma en 1996 sous le sobriquet des « Frères Misères ». Il retrouvait alors sa rage, son engagement et balançait un brûlot punk-rock dans la tronche de Chirac et de ses sbires, disque toujours aussi actuel dans notre république des coquins et pour moi le meilleur album de punk-rock hexagonal.
Désormais sa voix douce puis râpeuse, son trémolo légèrement saturé étaient reconnus, Mano pouvait dérouler ses textes gouailleurs. Cinq albums suivirent où il mélangea accordéons, guitares et cuivres ; rock, jazz, flamenco et chanson ; amour et haine. Toute une scène néo-réaliste advint, à ses cotés explosaient des Têtes Raides, des Tordue, des Karpatt, des Ogres de Barback et ce fut sans doute ce qui pouvait arriver de meilleur à notre pauvre chansonnette franchouillarde !
Mano chantait les enfants comme personne. Son dernier album, « Rentrer au port » m’avait secoué, surtout la chanson « Les enfants des autres » sans doute une de ses plus émouvantes. Paris, son Paris du 18ème, personne ne l’avait chanté comme lui, combien sommes nous de petits provinciaux à avoir arpenté les rues de Barbès avec sa petite musique en tête ? Solo criait les amours impossibles, vomissait son coeur, arrachait les nôtres pour nous les rendre plus gros, plus beaux. Il hurlait le corps, la chair en souffrance, la mort, la rédemption et la liberté. On ne sortait pas indemne de ses spectacles…enfin voila qu’il a le bon goût de mourir jeune, le voici le poète maudit, notre Arthur à nous, on te le laisse à toi là haut, fais lui une place à coté de Dimey, de Bruant, qu’il puisse reprendre des refrains parigots ad vitam aeternam.
Richard Hawley est né le 17 Janvier 1967 à Sheffield, South Yorkshire, England. Pour ceux qui ne connaissent pas Sheffield, disons que c’est une ville industrielle tentaculaire pas super marrante. Ce qui a eu pour conséquence, comme souvent en Angleterre, de générer une scène artistique magnifique avec de bons groupes comme Arctic Monkeys, Human League, Cabaret Voltaire ou Pulp.
Richard Hawley s’illustre sur cette scène depuis le début des années 90 en tant que guitariste de tournée pour son pote Jarvis Cocker avec Pulp ou aux cotés de vedettes de variétés comme Robbie Williams. Il connaît son petit succès dans la mouvance indie avec son groupe Longpigs mais c’est en solo qu’il va laisser éclater un talent inattendu, celui du crooner ultime !
Il sort ainsi deux premiers albums, Late Night Final en 2002 et Lowedges en 2003, chacuns sur un label différent. Mais c’est peut être la rencontre avec Daniel Miller, mythique patron du label Mute (Depeche Mode, Nick Cave) qui va le booster vers les cieux éthérés du panthéon rock. Chez Mute, Hawley va réaliser trois albums, remplis de magnifiques mélodies aux arrangements léchés, de climats mélancoliques mais tendres. Il sait raconter un morne quotidien, décrire des paysages, une ville aimée et détestée, comme seuls les anglo-saxons savent le faire c’est à dire en en faisant des panoramas hollywoodiens qui impriment la rétine.
C’est que Hawley est anglais jusqu’au bout des ongles, c’est un mélodiste pop digne de McCartney, un conteur déchirant au niveau de Nick Drake. A tout cela, il ajoute sa passion pour la grande tradition de la chanson américaine, celle du Elvis des Sun Sessions, de Johnny Cash, de Roy Orbison et Lee Hazlewood. Hawley, c’est une voix grave, profonde et chaude, de la douceur mais des textes et des mélodies qui ne sombrent pas dans la mièvrerie.
Son dernier album « Truelove’s Gutter » est la perle noire de son oeuvre. Mis au défi par Daniel Miller qui l’exhortait à créer un album dénué de toute pensée commerciale, l’album de son coeur, Richard Hawley a relevé le gant. Ce disque est d’une grande finesse, Hawley y développe des mélodies intimes agrémentées d’arrangements raffinés mais sans esbrouffe.
Si vous cherchez un crooner classe mais pas cabot, un chanteur avec une âme et de la profondeur, un rocker qui ne sacrifie pas les textes à la mélodie, votez Richard Hawley !
Son ami Bob Dylan disait de lui qu’il était« le meilleur chanteur de ballade (qu’il ait) jamais entendu ». Il n’en a pas été fait grand cas en France, mais les amateurs de folk hexagonaux étaient beaucoup plus peinés par la disparition de Liam Clancy que par les déboires médicaux de Johnny.
Liam Clancy est décédé le 4 décembre, à 74 ans, dans un hôpital de Cork, en Irlande. Leader et chanteur des mythiques Clancy Brothers, il a sa vie durant, chanté les plus belles folksongs et porté devant les publics du monde entier toute une tradition du magnifique chant irlandais. Plus encore que celles des Chieftains ou des Dubliners, sa voix chaude et profonde comme un lough du Connemara magnifiait les chants traditionnels. Elle résonnera encore longtemps dans les pubs du Comté de Cork !
Petite dédicace à Fred & Nath.
Shoals of Herring :
L’hymne des Wallabies par un Irlandais :
Voila, le dernier des Clancy Brothers est parti et c’est toute l’industrie du pull irlandais qui vacille… regardons le partir comme il se doit, c’est à dire un coude sur le zinc, devant un bon verre de Black Bushmills ! Joyeux Noël à toutes et tous !
L’atmosphère n’étant pas à la gaudriole en ces temps de crise et de débats moisis, pas facile de se décoincer le rictus en ce moment. Pourtant eux ils ont réussi à me faire marrer !
Eux ce sont les anciens The Brassens alias La Pompe Moderne, sympathiques lascars qui reprennent les tubes FM les plus zimprobables à la sauce Brassens. Et là c’est la grosse marrade, vous avez notre monument moustachu national qui swingue comme une chienne sur Toxic de Britney, qui slame à la GCM, qui zouke comme la Compagnie Créole…franchement allez-y, très beau pas cher, l’album « Greatest Hits » par La Pompe Moderne va ambiancer votre réveillon !
Diego Jiménez Salazar, alias Diego El Cigala est né en 1968 à Madrid, d’une famille de grands chanteurs gitans. Enfant surdoué, il remporte moults concours de flamenco. Vite découvert par le grand Camarón de la Isla, il apprendra à ses cotés et rentrera ainsi dans la famille des grands chanteurs de flamenco.
Mais Dieguito saura s’extraire de son lourd et flamboyant héritage pour voguer vers d’autres continents musicaux. En l’occurence, c’est vers Cuba que se tournent à nouveau ses regards avec son nouvel essai « Dos Lagrimas ».
Renouvelant l’expérience de « Lagrimas Negras » où il posait son chant de gitan andalou sur les rythmes afro-cubains du grand Bebo Valdès, Diego el Cigala revient avec deux larmes lourdes de tout l’âme du flamenco mais arrondies de swing cubain. Mais quand sur « Lagrimas Negras », il semblait parfois hésitant, paralysé par son admiration de celui qu’il appelait « maestro », ici avec Guillermo Rubalcaba, autre grande figure du piano cubain, Diego el Cigala atteint des sommets d’expressivité. De sa gorge coule du miel brûlant, la magie de l’alliance entre rugosité andalouse et le swing de ce jazz latino opère sur nous et nous catapulte en Cubandalousia !
Notons l’apparition d’un autre adepte du cross-over, Richard Galliano, qui vient donner du bandonéon sur la reprise de Caruso. La présence de l’accordéoniste français vient renforcer cet édifice de métissage latin.
Deux albums et des centaines de concerts, de premières parties prestigieuses en bars mis à sac, Toxic Kiss est une valeur sûre du rock hexagonal.
Je vous en avais parlé plus en détail lors d’un précédent billet. Entretemps, Toxic Kiss a déménagé son QG sur Nancy et s’est attelé à la production d’un troisième album « Snakes in the city ». On peut en écouter plusieurs extraits sur leur Myspace.
Toujours nichés entre power-pop bubble-gum, surf music, garage-rock psyché et post-punk déjanté, Toxic Kiss est un bon rappel de ce que doit être le rock’n'roll. Le vertige, le soufre, le sexe, le dérèglement des sens, le passage de l’autre coté…le rock’n'roll est un défouloir, Toxic Kiss un exutoire.
Soyez attentif début décembre, ils tournent sur la Lorraine et l’Allemagne !
En rappel, un extrait vidéo de leur second album « Smal-Town Faces », clip qui rappelera aux plus cinéphiles d’entre vous, le cultissime « Calvaire » de Fabrice du Welz, enjoy :
Il est des albums difficiles à décrire, des morceaux que l’on peine à qualifier car ils ne s’adressent pas à l’intellect mais à la déraison. « Them Crooked Vultures » est de ceux-là..
Commençons par dire que « Them Crooked Vultures » est le groupe de rock de l’année 2009, celui qui a fait le buzz et dont la rockosphère chuchote l’éventualité depuis 2005. Ce power-trio réunit en toute simplicité, John Paul Jones (celui dont la basse grondait dans le Zeppelin ), le batteur nirvanesque Dave Grohl et Josh Homme des Queens of the stone age. Sûr, quand vous mélangez Led Zep, Kyuss et Nirvana, cela ne donne pas un backing band pour Thomas Dutronc mais que dire de ce grand album ?
Dire que c’est du gros rock psyché bien viril comme on en faisait dans les 70’s, en cela, le cahier des charges stoner est bien respecté. Them Crooked Vultures parle à votre instinct primaire, votre cerveau reptilien, réveille le serpent quel’on chevaucherait bien jusqu’au lac, l’ancien lac… C’est toute l’attraction du désert américain qui suinte des enceintes et ses mélodies vénéneuses vous emportent définitivement de l’autre coté.
On sent bien ici un Josh Homme hypra motivé par le magnétisme de son idole, tout comme Dave Grohl fait allégeance en donnant le meilleur de lui même. Foncez vous griser de « Them Crooked Vultures », digne héritier des « Blues for the red sun » ou « Songs for the deaf », vous ne le regretterez pas car quand on fera les comptes 2009, cet album figurera en haut des classements rock.